Kodak : une tête à claque


Une histoire de bobine







Kodak, une tête à claque

 

 

«J'ai toujours aimé la lettre K : Elle a quelque chose de fort, d'incisif. Il suffisait d'essayer toutes sortes de combinaisons de lettres pour former des mots commençant et finissant par K».
George Eastman

 

George Eastman voulait un mot court, facile à prononcer dans le monde entier et n'ayant aucun rapport avec le domaine de l'Art. C'est de cette façon qu'il imagina le nom de la société qui allait rapidement devenir la première entreprise de produits photographiques au monde. Il fut le fondateur et le grand patron d'un véritable empire : Kodak.

 

 

George Eastman à la tête d'un empire

 

Kodak fut, sans aucun doute, l'une des marques internationales les plus connues du XXème siècle. Si aujourd'hui c'est Apple, alors hier c'était Kodak.

 

Au début des années 1880, le riche homme d'affaires américain se lance dans la commercialisation de plaques sèches, procédé déjà révolutionnaire, servant de supports aux photos de l'époque. Mais c'est en 1885 que les choses vont commencer à se bousculer. Cette année-là, il vend sur le marché une bobine de bande souple et transparente sensibilisée, plus solide, plus facile à utiliser, et permettant de faire plusieurs clichés. C'est la naissance du premier film commercialisé et, par la même, d'une nouvelle ère photographique.

 

Pellicules Kodak datant de la fin des années 1800
Deux pellicules kodak rares conservées au Eastman Museum 

 

À ce stade, la photographie a déjà connu des avancées considérables depuis sa création et les premiers appareils portatifs font leurs premières apparitions. Mais prendre des photos reste encore trop complexe et couteux pour la majorité des gens. C'est alors que notre cher George Eastman, dont le seul et unique objectif est de rendre la photographie populaire, réalisa un coup de génie. Il mit en vente, en 1888, le premier appareil photo Kodak sous le slogan qu'il imagina lui-même :

 

«You press the button. We do the rest.»
(Vous appuyez sur le bouton, nous faisons le reste)

 

Le principe était enfantin. Vous achetiez cet appareil portatif qui était déjà muni d'une pellicule en bobine pouvant faire jusqu'à 100 photos. Une fois l'objet en main, pas besoin de viseur. Il suffisait de le placer à moins d'un mètre de son sujet pour que la photo soit nette. Et pas besoin non plus de le tenir droit puisque qu'il faisait des photos rondes ! Une fois la pellicule terminée, vous deviez retourner l'appareil au fabricant. Ce dernier vous renvoyait votre appareil à son tour, chargé d'une pellicule neuve et accompagné de vos tirages photos. Et le cycle recommençait.

 

George Eastman pris en photo par son Kodak
George Eastman tenant dans les mains son appareil photo Kodak - 1890

 

Mais l'entreprise Kodak ne s'arrêta pas en si bon chemin et continua sa révolution. En 1895, elle créa le Folding Pocket Kodak qui tenait dans la poche. En 1900, c'était au tour du Brownie de faire son apparition : un objet de qualité et commercialisé au prix de un dollar, devenant le premier appareil photo accessible au grand public. Il sera vendu à plus de 100 000 exemplaires la première année.

 

Brownie camera de Kodak
Le Brownie de Kodak fabriqué par Frank Brownel en 1900

 

On pourrait aussi citer le triomphe du film couleur avec la pellicule Kodachrome ou la Kodacolor en 1942. Ou bien encore l'arrivée de la Kodak Girl en 1993 pour cibler le public féminin.

 

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Pub Kodak - Les voleurs de couleur - TourneeDesPublivores

 

George Eastman quittera la direction de son entreprise en 1925 pour se consacrer à d'autres projets.

 

 

La claque du siècle passé 

 

En proposant des produits toujours plus ingénieux et en maitrisant le marketing à la perfection, George Eastman a éliminé, tour à tour, tous les obstacles pour permettre une véritable popularisation de la photographie. Et à Kodak de devenir un véritable empire dans la création d'appareils photo et de films, mais aussi dans le développement de négatifs et le tirage de masse.

 

En amenant la photographie à portée de main pour tous, Kodak a régné sans partage pendant plus d'un siècle. Jusqu'à la venue d'une nouvelle ère, celle du numérique dans les années 2000. On ne peut pas dire que Kodak n'avait pas vu le vent tourner puisque l'entreprise a été l'une des premières à développer les premiers appareils photo numériques sans pellicule. Mais sans jamais dépasser le stade du prototype. Pourquoi ? Tout simplement parce que concevoir et vendre un appareil photo sans pellicule allait nuire considérablement à la production et aux développements des films négatifs de la firme !

 

Prototype digital de chez kodak
Le tout premier appareil digital, développé par Steven Sasson pour kodak - 1973 

 

Alors Kodak a fait le choix (fou ?) de créer des appareils numériques mais toujours dotés d'un consommable. Cette erreur stratégique sonna le début d'une chute vertigineuse. L'histoire de Kodak qui débuta par un petit clic allait se terminer par une grosse claque. L'opportunité, laissé aux japonais de s'emparer du nouveau (et encore plus révolutionnaire) marché de la photographie numérique, était trop belle. J'ai nommé Sony, Nikon, Canon et autres Panasonic. Et l'ogre Kodak fut dévoré tout cru.

 

En 2004, la firme valait plus de 30 milliards de dollars. En 2012, elle ne valait plus que 120 millions (250 fois moins...). Elle est passée d'environ 60 000 employés à son apogée à 17 000 lors de son dépôt de bilan.

 

 

L'empire contre-attaque ?

 

Elle se sauva néanmoins in extremis après avoir frôlé l'extinction. Ensuite, l'histoire (beaucoup moins intéressante) continue sous forme de restructuration, de rachat, de vente de brevets, de cotation en bourse, etc. Sans jamais redécoller.

 

Mais ce qui est plus intéressant, c'est que les fameux films de la marque Kodak sont à nouveau commercialisé en 2013. Kodak augmente même aujourd'hui le tarif de ses pellicules, face à une réappropriation de la photographie argentique (dont je parle aussi sur ce blog) et une demande de plus en plus forte de négatifs sur bobine.

 

Alors, non. Kodak n'a plus rien à voir avec l'empire créé à la fin du XIXème siècle par George Eastman. Mais ce dernier serait heureux de voir que ses pellicules sont toujours fabriquées dans notre ère du tout numérique et qu'elles suscitent de nos jours un véritable engouement. Alors, merci Kodak, pour avoir révolutionné le monde de la photographie et permettre, encore aujourd'hui, à plus que quelques irréductibles comme moi, de savourer le charme de ses petits objets capables de réaliser de grands clichés.

 

 







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